La manifestation « Structure 08 » qui s’est déroulée à la fin du mois de juin à San Francisco a essayé d’éclaircir et de préciser les raisons qui poussent à une nécessaire mise à jour du Net. Pourquoi et comment passons-nous à une nouvelle génération du Net appelée « The Cloud », basée sur des niveaux d’infrastructures à haut et très haut débit, des centres de données totalement distribuées et dont les usages s’appuient sur la consommation des logiciels/services à la demande.
« Venez rafraichir le Net » est le titre du livre blanc édité par Om Malik, journaliste et éminent blogueur du monde de la technologie comme introduction à la conférence qu’il organisait. Le document est une suite de réflexions et d’analyses d’auteurs impliqués dans le Net du 21ème siècle. Fini le Web 2.0, aujourd’hui, le Cloud Computing » est le dernier terme à la mode où viennent bien évidemment se retrouver les grands de l’informatique comme Google, Yahoo, Microsoft, IBM, Sun Microsysems, Oracle et bien d’autres. Le terme est utilisé comme un « attrape tout » par n’importe quelle solution technologique n’utilisant pas un centre de données « in house » ou un système traditionnel d’hébergement des ressources.
Michael Crandell, CEO de RightScale definit le Cloud Computing par ses applications, infrastructures et plate-formes. « Les applications sont Salesforces et les autres Saas qui fournissent un service complet sur un navigateur à un utilisateur final… Les plate-formes comme App Egine de Google, Mosso ou Heroku apportent un environnement dans lequel un développeur peut accrocher son code écrit selon certaines règles ou restrictions. La capacité du code de répondre à une forte demande est ensuite prise en charge par la plateforme. L’infrastructure (les Web services d’Amazon, Flexiscale etc..) est l’offre de traitement et de stockage la plus flexible offerte avec une interface de base sur laquelle on peut s’appuyer de façon quasi illimitée. ». Il y a quelques années, Scott McNealy, alors CEO de Sun, ne parlait pas encore de Cloud Computing mais comparait le Web à la tonalité du téléphone…
Quatre vagues de rupture convergent pour changer le Net
Pour Jonathan Yarmis, VP Advanced, Emerging and Disruptive Technologies chez AMR Research qui ouvrait la manifestation de San Francisco, le Net voit arriver 4 vagues de ruptures dans les technologies et dans les usages. « Les réseaux sociaux ne sont pas vraiment nouveaux » remarquait-il, « et la première vague informatique fut l’automatisation des tâches, puis l’automatisation des processus. Mais les phénomènes sociaux avaient été oubliés. Pourtant les premières implémentations du CRM ont échoué parce que c’était l’optique des CEO, pas des utilisateurs. » Tout le monde reconnait que la mobilité va changer beaucoup d’aspects de l’utilisation du Web, surtout depuis l’arrivée de l’iPhone, orienté utilisateur, qui modifie les business modèles établis. Il constate cependant que le récent comportement de compromis d’Apple pour plaire aux opérateurs risque de lui faire perdre son caractère innovant. Pour lui, le Cloud computing est une rupture dans la mesure où il évite le déploiement des applications sur des milliers de machines et ou les utilisateurs font ce qu’ils veulent sans dépendre de la machine qui apporte l’application. La notion de « stream computing » est liée à la création étendue des données et de la possibilité de les stocker, sans contraintes liées aux appareils sachant que tout communique. Enfin, alors que les réseaux sociaux n’ont pas pu prouver leur rentabilité, la nouvelle génération du net semble avoir des difficultés à trouver ses modèles économiques dans un monde où le comportement de l’utilisateur a profondément changé.
Rendre les centres de données moins gourmands en énergie
Aujourd’hui, le Web est devenu un vaste agrégat d’infrastructures qui regroupent d’énormes centres de données autour desquels une nouvelle géographie s’est dessinée et continue d’évoluer. Ces centres de données se sont agrandis et complexifiés. « Les moteurs de recherche et les centres de données d’entreprise représentent une énorme opportunité pour les régions qui jusque là n’auraient pas été considérées comme candidates pour le développement des centres de données. » est-il expliqué dès la première page du livre blanc. Les data center accordent maintenant plus de poids à la consommation d’énergie de ces centres de données et Google, en indexant toute l’information du monde, a quasiment besoin de la puissance d’une centrale nucléaire pour faire fonctionner entre 500000 à 1 millions de serveurs sur son réseau, autant que la consommation d’une ville de 500000 habitants. Il est temps de réfléchir aux évolutions de l’architecture et du fonctionnement des réseaux pour non seulement en améliorer la gestion mais aussi pour en optimiser la consommation et l’organisation vers une plus grande flexibilité et une plus grande efficacité.
1% de la consommation mondiale d’électricité
Jonathan Koomey, chercheur au laboratoire Lawrence Livermore et à Stanford constatait que dans un centre de données, la consommation provient certes des équipements de traitement et de stockage des données, mais aussi des systèmes de sauvegarde. La généralisation de la virtualisation poussera aussi le taux d’utilisation, et donc la consommation des serveurs. Selon lui en 2005, la consommation totale des centres de données utilisés dans le monde représentait déjà 1% de la consommation mondiale d’électricité. Elle a doublée entre 2000 et 2005, sachant que la consommation moyenne au pied carré (1/10 de m²) d’un centre de données est passée de 23 w en 2000 à 35w en 2006. Les centres situés en Asie représentent la plus forte croissance de consommation. Beaucoup de centres de données consomment énormément d’énergie parce que leur conception n’est pas abordée d’une façon globale, suite à des incitations diverses. « Il a fallu 20 ans pour arriver à concevoir l’iPhone, un téléphone comme je le souhaitais, dit-il, ça sera pareil pour les centres de données. » Il constatait l'apparition de métriques communes de mesure en matière de centre de données mais précisait qu’il faudra probablement revoir tout le système ainsi que les incitations qui conduisent à des erreurs d'implantation et un mauvais fonctionnement.
Yahoo, Microsoft et Sun dans le Cloud Computing.
Yahoo, a l’occasion de sa récente ré-organisation, annonçait la création d’un Cloud Computing & Data Infrastructure Group. Initialement destiné à servir les besoins internes de scalabilité des énormes ressources informatiques de la compagnie et de réduction des coûts, ce groupe pourrait rapidement offrir, comme Amazon avec EC2, des ressources à la demande aux partenaires et clients de Yahoo. Yahoo pourrait se placer devant Google et Amazon, en effet, Ari Balogh, le nouveau responsable de ce groupe pense qu’il utilise des techniques plus récentes que ses concurrents.
Pour Greg Papadopoulos, CTO de Sun Microsystems, il y a de moins en moins de sens pour les entreprises de bâtir leur propre centre de données. Mais il reste le danger de voir à nouveau apparaitre une sorte de système propriétaire. Il présentait une matrice de le virtualisation progressive aux différents niveaux du « cloud computing » : Processeur, OS, langages et services applicatifs. Il mentionnait deux projets de Sun Microsystems, Darkstar, une infrastructure logicielle (comme eBay ou Salesforce) pour faciliter la création d’applications massivement évolutives de jeux, mondes virtuels et réseaux sociaux et le projet Caroline qui est une plateforme unifiée de développement et d’hébergement permettant aux programmeurs d’accéder à des ressources distribuées comme sur un système simple et développer des services sur Internet.
Enfin Debra Chrapaty, corporate vice présidente Global Foundation Services chez Microsoft, est responsable de la stratégie et de l’implémentation de la plate-forme de base pour Micrososft Live et les Services en ligne comprenant les systèmes de gestion, les infrastructures opérationnelles, la sécurité, les réseaux et les data centers. Elle présentait les containers de Microsoft comme un outil pour construire des plateformes de centre de données évolutifs à consommation d’énergie optimisée .Elle voit le cloud computing à travers ce qu’elle appelle le GET, c'est-à-dire Growth, Efficiency, Trust. La croissance s’exprime par le coût d’un centre de données, de 300 à 500 millions, où chaque kilowatt compte. Microsoft dispose d’une grille de critères de choix très élaborée pour choisir, construire et équiper ses centres. L’efficacité est liée aux outils de gestion d’un centre et de l’ensemble du système : « ça permet de faire des économies dit-elle, mon boss Steve Ballmer adore ça… ». La confiance vient ensuite parce que les utilisateurs savent que leurs données sont disponibles, mais aussi protégées et gardées privées.
Google, la « Big Table » du Cloud Computing
Dans un panel auquel participaient Christophe Bisciglia, Senior Software Engineer cheez Google ; Jason Hoffman, CTO de Joyent ; Tony Lucas, CEO de XCalibre Communications ; Lew Moorman, Senior Vice Président Stratégie de Rackspace ; Geva Perry, chief marketing Officer de GigaSpace et Joe Weinman, VP Strategic Solutions chez AT&T, la question était posé de savoir si le cloud computing s’orientait vers une nouvelle plateforme propriétaire. Tous se sont accordés pour reconnaitre que les plate-formes de cloud computing qui apparaitront seront à la fois ouvertes et propriétaires.
Rapidement pourtant la discussion s’est orientée vers Big Table de Google, un vaste système de gestion de base de données (DBMS) rapide, distribuée et fortement extensible construit sur le système de gestion de fichiers de Google (GFS). Big Table, commencée en 2004, reste l’usage exclusif de Google aujourd’hui pour un assez grand nombre d’applications comme Google Maps, Google Print, YouTube, Blogger.com, Orkut, etc… et n’est pas distribuée à l’extérieur de la compagnie, même si il est possible d’y accéder à travers Google App Engine, lancée il y a un mois. Jason Hoffman rappelait qu’il est important, dans le cas d’un nuage « ouvert » et « aimable » que les utilisateurs aient l’assurance que ce nuage est la bonne place où on doit être… Christophe Bisciglia de Google répondait: « Lorsqu’on publie quelque chose sur Big Table, on ne peut pas dire que c’est un verrou, et c’est vous qui dites que c’est quelque chose qui va fonctionner pour nous . » Dan Farber, rédacteur en Chef de C/Net indique que Jason Hoffman lui a précisé ultérieurement que « lorsque l’on a mis des données sur Big Table, il n’est pas possible de les retirer. On ne peut pas installer Big Table sur son propre hardware… Vous avez là big brother qui vous raconte que tout va bien… »
Pour Jason Hoffman, il faudrait que Google offre des outils d’export des données de Big Table et que les entreprises puissent, si elles le préfèrent, faire tourner Big Table sur leur propre hardware. Il terminait en disant que si Facebook avait commencé sur App Engine, ils seraient maintenant complètement dépendants de Google. Joyent, la société de Jason Hoffman, développe Cloud 9, une initiative pour développer les spécifications d’un standard de Cloud Computing. Elle héberge déjà un quart des applications développées pour Facebook.
Amazon, libraire virtuelle et plate-forme du Cloud
Werner Vogels, Chief Technical Officer d’Amazon, présentait l’offre d’hébergement de la compagnie annoncée en 2006 sous le nom de Amazon Web Services (AWS) basés sur l'infrastructure développé pour ses clients en ligne. Amazon en 2001 s’est trouvé confronté au problème de l’évolution de ses volumes, plus particulièrement lorsque la chaine de magasins Target est venu chez Amazon. C’est à partir de cette date que Amazon s’est posé la question de transformer sa propre infrastructure informatique en plate-fome, et de l’ouvrir à des clients extérieurs.
Elle offre notamment EC2 (Elastic Compute Cloud), basé sur un environnement virtuel de traitement appelé AMI (Amazon Machine Image) dans lequel peuvent être regroupées données, librairies, applications et les configurations associées de sécurité et d’accès. Le contenu de chaque AMI peut être ensuite utilisé avec Amazon S3 (Simple Storage Service), le tout facturé selon la consommation à des tarifs publies sur le site d’Amazon. Werner Vogles précisait : « ces services sont développés en interne comme des outils et non pas à travers un cadre (framework). Chaque équipe peut utiliser les outils qu’elle veut selon ses besoins et les gens peuvent passer à des outils concurrent en interne. Les utilisateurs de AWS extérieurs à la compagnie peuvent par exemple utiliser EC2 mais utiliser un autre service de stockage que S3. » Aujourd’hui, Amazon stocke plus de 18 milliards d’objets dans S3 et près de 600 teraabits de photos. Pour lui, le cloud computing, ainsi que les critères respectés par Amazon dans le développement de ses AWS doivent apporter la sécurité, la scalabilité, la disponibilité, les performances, des coût optimum, la possibilité d’acquérir des ressources à la demande et de payer à la consommation, la possibilité de libérer des ressources et données devenues inutiles.
L’un des avantages du Cloud Computing est de transformer des coûts fixes d’investissement (Capex) en coûts d’exploitation (Opex). « Aujourd’hui, concluait Werner Vogels, les services gouvernementaux utilisent Amazon et gagnent de l’argent, pour eux, l’opportunité d’avoir des ressources à la demande est un grand avantage qui leur évite d’acheter du matériel qui n’est utilisé que dans des circonstances exceptionnelle. »
Cloud, Grid and Utility computing… le contrôle dans les nuages
Michael Sheehan, VP Business Development de la société GoGrid explique le Cloud Computing comme une pyramide dont la base est l’infrastructure, le corps constitué des plate-formes et le chapeau par les applications. Plus on s’éloigne de la base, plus on y gagne en facilité d’utilisation à la demande mais aussi plus on y perd en contrôle et en liberté d’action. En effet, tout en haut de la pyramide, la liberté d’action est réduite à ce que permet l’application, mais à l’inverse des logiciels packagés, il n’est pas nécessaire de payer pour des fonctionnalités dont on n’a pas besoin.Pour lui, « le terme de Cloud Computing s’impose progressivement face aux termes précédents de Grid computing et d’utility computing, même si on parle encore de colocation et de virtualisation qui en sont des composantes. »
Go Grid, sa compagnie, est la filiale d’une société d'hébergement appelé ServPath crée en 2001 à San Francisco . Elle héberge maintenant quelques 2000 clients de toutes tailles, aussi bien public que privé ou organismes gouvernementaux. « L’offre de GoGrid explique Michael Sheehan, est identique à celle de Amazon…. enfin presque identique… puisque nous sommes moins chers, et que nous supportons les applications Windows alors que Amazon n’offre que du Linux. » Il facture en effet 8 cents au giga octet stocke, soit 20% moins cher que Amazon, mais il n’a pas encore la souplesse de son concurrent de Seattle. GoGrid a des clients un peu partout dans le monde et fait faire évoluer son offre Cloud de façon à offrir plus de scalabilité à ses clients. « Nous offrons le contrôle dans les nuages » termine-t-il. |